mardi 23 septembre 2014

Récupération en salle des mariages

Régulièrement, Anne Hidalgo nous gratifie, depuis son compte officiel, de tweets réjouis sur la célébration de mariages dont le point commun est d’unir des personnes de même sexe : « très fière et émue d’avoir célébré le mariage de Christophe & Olivier. Quel chemin parcouru! #mariagepourtous », « très heureuse d’avoir célébré le mariage de Bernard & Michel à la Mairie du 7e. 40 ans d’amour #mariagepourtous » ou encore, « c’est avec fierté et bonheur que j’ai célébré le 2000ème mariage parisien d’un couple de même sexe, ce matin à #Paris », suivi de trois tweets lénifiants sur le mariage pour tous.

Outre la cucuterie de ces tweets, outre, également, le caractère grossier de la technique élimée des auto-proclamés hérauts de la lutte contre les discriminations qui consiste à jeter dès que possible de l’huile sur le feu pour mieux justifier la mission irénique qu’ils se sont assignée, Anne Hidalgo se trompe doublement de registre en privatisant sa fonction d’agent public et en politisant l’intimité de ses administrés.

D’abord parce que le maire et ses adjoints sont officiers d’état civil et doivent, en cette qualité, garantir la neutralité du service public de l’état civil, dont le Conseil constitutionnel a rappelé l’exigence dans sa décision n° 2013-353 QPC du 18 octobre 2013. Cette neutralité, qui justifie l’absence de clause de conscience permettant de refuser de célébrer de mariages homosexuels, implique également et en toute logique que les officiers d’état civil, qui agissent comme agents de l’Etat, et non comme politiques, s’abstiennent d’exprimer publiquement leur opinion sur les mariages qu’ils célèbrent. Que penserait-on d’un fonctionnaire de préfecture qui se fendrait de tweets enthousiastes : « très heureux que Fatou ait obtenu son titre de séjour #touchepasàmonpote » ou « ravi que Li Na ait été expulsée #lafranceauxfrançais » ?

Ensuite parce qu’en émettant ces tweets, souvent photo des mariés à l’appui, la maire de Paris, dans une complète confusion des genres, s’empare d’évènements privés pour en faire des actes militants, récupère des démarches personnelles pour les embrigader sous la bannière d’un combat politique, instrumentalise des amours et des histoires familiales parfois complexes ou douloureuses pour les transformer en bras d’honneur aux opposants du mariage pour tous. Bref, vole, à travers ces quelques couples, à l’ensemble des couples homosexuels qui se marient à Paris la signification de leur mariage afin de leur imposer la sienne.

Et à travers ce prisme simpliste et déformant, à travers ces lunettes roses dont ne se départ pas la maire de Paris, même la sculpture de Jules Dalou, l’enfant prodigue, représentant un père embrassant son fils, devient, par la grâce d’un retweete pavlovien, une icône gay : « C'est là que je veux me  #mariagepourtous -er Jules #Dalou - Fraternité Salle des mariages #MarieDu10e ».

lundi 15 septembre 2014

Des tipis pour réenchanter la démocratie française

Sous des roulements de tambour, la mairie de Paris nous annonce, depuis plusieurs mois, son budget participatif qui, du 24 septembre au 1er octobre, permettra aux Parisiens de voter une partie du budget d’investissement de la ville pour 2015.

La communication est à la hauteur de l’événement que l’on nous annonce : présentation en grande pompe place de la République, réunions organisées dans les mairies d’arrondissement, suspens à son comble sur twitter. Anne Hidalgo nous y prévient, le 8 septembre, que « le budget participatif de Paris est une innovation démocratique majeure », tout en se lançant dans un insoutenable compte à rebours : « J-14 avant de pouvoir voter pour les projets qui feront le Paris de demain » ; « J-10 avant de pouvoir voter pour le premier budget participatif de Paris ! ». Le site internet dédié à l’événement est à l’unisson : « les élus et les directions de la Ville de Paris ont proposé 15 projets d’envergure parisienne pour améliorer le cadre de vie de ses habitants (…) les Parisiens seront invités à choisir 5 projets qu’ils considèrent prioritaires pour Paris ». L’apothéose est atteinte dans Le Monde daté du 16 septembre où, toute grandiloquence sortie et tout sens de la mesure rentré, Anne Hidalgo vante « une votation qui n’aura rien à envier aux plus belles manifestations de démocratie directe dont s’inspire notre République », évoquant rien de moins qu’une « révolution » qui « vient à point nommé pour réenchanter la démocratie française ».

Au vu d’une telle emphase, c’est d’un clic tremblant que l’on se décide, sur budgetparticipatif.paris.fr, à découvrir les investissements chargés de faire la ville lumière de demain : « rendre la rue aux enfants » (équiper des tronçons de rues de barrières mobiles et faire des marquages de jeux au sol), « des kiosques pour faire la fête », « des tipis et des bougies » (fêter un anniversaire sous un tipi), « les événements sur grand écrans », « des piscines éphémères », « jouer de 7 à 77 ans », « l’art aux portes de Paris »

Très drôle !

Et sinon, les projets prioritaires pour les Parisiens, où sont-ils ?